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Quels sont les préjudices indemnisables lors d'un procès pénal ?

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Quels sont les préjudices indemnisables lors d'un procès pénal ?
Victime d'infraction ? Tous les préjudices indemnisables au procès pénal, y compris vos souffrances psychologiques

Chaque année en France, plus de deux millions de personnes se déclarent victimes d'une infraction pénale. Pourtant, un justiciable sur trois ignore encore qu'il peut obtenir réparation de son préjudice dans le même procès que celui qui juge l'auteur des faits, sans engager de procédure civile distincte. Identifier et chiffrer les préjudices indemnisables lors d'un procès pénal représente un enjeu décisif pour toute victime souhaitant obtenir une juste réparation. Maître Sandie Boudin, avocat en droit pénal à Saint-Maurice, au Barreau du Val-de-Marne, accompagne régulièrement des victimes d'infractions dans cette démarche exigeante. Cet article vous présente les trois grandes catégories de préjudices que vous pouvez faire valoir, ainsi que les clés pour ne rien laisser de côté.

Ce qu'il faut retenir
  • La nomenclature Dintilhac recense jusqu'à 28 postes de préjudice corporel distincts, mais elle est explicitement non exhaustive : d'autres postes (préjudice d'angoisse de mort imminente, préjudice d'attente des proches) sont aujourd'hui régulièrement indemnisés par les tribunaux.
  • Se constituer partie civile est indispensable pour obtenir réparation au procès pénal, et ce choix est irrévocable en vertu du principe « electa una via » (article 5 du CPP).
  • Le délai de prescription de l'action en réparation d'un dommage corporel est de 10 ans à compter de la consolidation (article 2226 du Code civil), indépendamment des délais de prescription pénale ou de saisine de la CIVI.
  • Les premières offres des assureurs omettent en moyenne 3 à 4 postes de préjudice ; après contestation assistée par un avocat, l'indemnisation obtenue est en moyenne deux à trois fois supérieure.

Action publique et action civile : deux voies qui coexistent au procès pénal

Deux actions distinctes devant le même juge

Lors d'un procès pénal, deux actions distinctes se déroulent simultanément devant le même juge. L'action publique, exercée par le procureur de la République au nom de la société, vise à punir l'auteur de l'infraction (article 1er du Code de procédure pénale). L'action civile, quant à elle, appartient à toute personne ayant personnellement souffert du dommage directement causé par l'infraction (article 2 du CPP). Cette coexistence vous évite d'engager une procédure civile séparée, souvent plus longue et plus coûteuse.

Se constituer partie civile : une démarche obligatoire

Toutefois, cette indemnisation n'est jamais automatique. Vous devez impérativement vous constituer partie civile, soit au moment de l'audience, soit en amont par déclaration au greffe, par lettre recommandée reçue au moins 24 heures avant l'audience, ou encore par une plainte avec constitution de partie civile devant le juge d'instruction (article 85 du CPP). Cette dernière voie nécessite le versement d'une consignation dont le montant est fixé par le juge en fonction des ressources de la victime (les plaignants bénéficiant de l'aide juridictionnelle en sont dispensés). Attention : si vous avez déjà saisi le juge civil pour le même litige, vous ne pourrez plus porter votre action devant la juridiction pénale. Ce principe, dit « electa una via » (article 5 du CPP), rend votre choix irrévocable.

Relaxe de l'auteur : la victime peut malgré tout être indemnisée

Un point méconnu mérite d'être souligné : en cas de relaxe pour infraction non intentionnelle (homicide ou blessures involontaires), le tribunal correctionnel demeure compétent pour allouer des dommages-intérêts à la partie civile en application de l'article 470-1 du CPP, même si l'auteur n'est pas condamné pénalement. La victime peut donc obtenir réparation de son préjudice y compris lorsque l'auteur des faits est relaxé. Ce mécanisme évite d'avoir à relancer une procédure civile dans un dossier où la faute civile peut être établie indépendamment de la culpabilité pénale.

Préjudices corporels : le cœur de l'indemnisation au procès pénal

La nomenclature Dintilhac : un cadre de référence non exhaustif

Les préjudices corporels constituent souvent la part la plus importante de l'indemnisation. La nomenclature Dintilhac, élaborée en 2005 sous la présidence de Jean-Pierre Dintilhac, recense jusqu'à 28 postes de préjudice distincts. Bien qu'elle n'ait pas force de loi, elle s'est imposée à la quasi-totalité des juridictions, des assureurs et des experts. Il est toutefois essentiel de savoir qu'elle est explicitement non exhaustive : plusieurs préjudices aujourd'hui régulièrement indemnisés par les tribunaux n'y figuraient pas à l'origine, notamment le préjudice d'angoisse de mort imminente (pour la victime directe) et le préjudice d'attente et d'inquiétude des proches pendant la prise en charge médicale. Chaque poste doit être réclamé individuellement : une demande formulée en termes généraux aboutit systématiquement à une sous-indemnisation.

Les postes de préjudice les plus courants

Parmi les postes les plus courants, les souffrances endurées (SE) couvrent les douleurs physiques et morales subies avant la consolidation de votre état de santé. L'expert judiciaire les évalue sur une échelle de 1/7 à 7/7. Le déficit fonctionnel temporaire (DFT) indemnise la gêne dans les actes de la vie courante avant consolidation — à ne pas confondre avec l'ITT, notion médicale et pénale distincte. Le déficit fonctionnel permanent (DFP), poste central de l'indemnisation, correspond à la réduction définitive de votre potentiel physique et psychique après consolidation. Chaque point de DFP vaut entre 1 000 € et 5 000 € selon votre âge et la juridiction saisie. Pour un DFP évalué à 25 %, ce seul poste peut représenter entre 50 000 € et 100 000 €.

Le préjudice esthétique doit être réclamé en deux postes distincts : le préjudice esthétique temporaire (PET) et le préjudice esthétique permanent (PEP). Par exemple, si une agression vous a laissé une cicatrice au visage, les séquelles visibles pendant la période de soins relèvent du PET, tandis que la marque définitive relève du PEP. Ne réclamer qu'un seul poste global conduit à une sous-évaluation significative.

Les postes de préjudice fréquemment oubliés

D'autres postes sont fréquemment oubliés :

  • Les pertes de gains professionnels actuels (PGPA) et futurs (PGPF), incluant l'impact sur votre retraite
  • L'aide tierce personne (ATP), souvent le poste le plus important en valeur pour les victimes souffrant d'un handicap nécessitant une assistance quotidienne. Ce poste est indemnisable même si l'aide est apportée gratuitement par des proches. Il est calculé sur la base de 412 jours par an (pour intégrer les congés payés de l'intervenant potentiel) au taux horaire de référence de 25 €/h selon le référentiel Mornet 2025.
  • Le préjudice d'agrément, qui indemnise la perte d'activités sportives ou de loisirs que vous pratiquiez avant l'infraction
  • L'incidence professionnelle, qui couvre la dévalorisation de votre carrière, la pénibilité accrue ou la perte de chance d'évolution — poste distinct de la perte de revenus
  • Le préjudice sexuel et le préjudice d'établissement (perte de chance de fonder une famille)
  • Les frais divers : honoraires du médecin-conseil, aide ménagère temporaire, frais de déplacement

Exemple concret : Mélanie Carvès, 34 ans, est victime d'une agression dans un parking souterrain. Elle souffre d'une fracture ouverte du tibia droit et de lacérations au bras gauche. Son DFP est évalué à 12 % et ses souffrances endurées à 4/7. Outre ces deux postes, son avocat réclame le déficit fonctionnel temporaire (total puis partiel pendant 8 mois), le préjudice esthétique permanent (cicatrices visibles évaluées à 3/7), les pertes de gains professionnels actuels (5 mois d'arrêt de travail en tant qu'aide-soignante), l'aide tierce personne temporaire (2 heures par jour pendant 3 mois, calculée sur 412 jours/an à 25 €/h), le préjudice d'agrément (elle pratiquait la course à pied en compétition) et les frais divers (honoraires du médecin-conseil, frais de transport). Au total, l'indemnisation sollicitée poste par poste atteint 87 000 €, là où une demande globale non détaillée aurait vraisemblablement abouti à moins de 30 000 €.

À noter : Le référentiel Mornet, mis à jour chaque année en septembre, constitue un outil de chiffrage incontournable. La version 2025 (applicable en 2026) prend notamment en compte, de façon quasi systématique, les difficultés des victimes d'agressions sexuelles dans le cadre du poste « préjudice d'établissement » — une évolution directement utile pour les personnes concernées.

Souffrances psychologiques : un préjudice moral pleinement indemnisable

Beaucoup de victimes se demandent si leurs souffrances psychologiques peuvent réellement donner lieu à une indemnisation. La réponse est claire : le préjudice moral constitue un poste autonome d'indemnisation, distinct du préjudice corporel (Cour de cassation, chambre criminelle, 9 mars 2004). Dépression, anxiété, stress post-traumatique : ces troubles sont indemnisables dès lors qu'ils sont correctement documentés.

Pour établir ce retentissement psychique devant le juge, conservez précieusement vos certificats médicaux, comptes-rendus de consultations psychiatriques ou psychologiques, ordonnances de traitements anxiolytiques ou antidépresseurs, ainsi que vos arrêts de travail liés à ces troubles. Par exemple, si vous avez été victime d'une agression et que vous suivez un traitement pour stress post-traumatique depuis plusieurs mois, ces pièces permettront d'objectiver votre souffrance et de la faire reconnaître par le tribunal.

Le préjudice de vie relationnelle et sociale indemnise quant à lui l'altération de vos relations familiales, amicales ou professionnelles consécutive aux séquelles de l'infraction. Un isolement progressif, des tensions conjugales ou une incapacité à reprendre une vie sociale normale peuvent ainsi être pris en compte.

Préjudice d'affection des proches : les victimes par ricochet aussi ont des droits

Les proches de la victime directe — conjoint, parents, enfants, fratrie — peuvent eux-mêmes se constituer partie civile pour obtenir réparation de leur propre souffrance morale. Le préjudice d'affection n'est plus subordonné à la preuve d'un lien de parenté strictement établi (Cour de cassation, chambre criminelle, 13 mai 2025). À titre indicatif, le référentiel Mornet 2025 prévoit des fourchettes allant de 25 000 à 35 000 € pour le conjoint, de 20 000 à 30 000 € par parent et par enfant, et de 7 000 à 15 000 € pour la fratrie. Ces montants varient selon les juridictions et la cohabitation effective. Il n'existe aucun barème légal unique : l'appréciation reste souveraine au cas par cas.

À noter : Le préjudice d'attente et d'inquiétude des proches — correspondant à l'angoisse ressentie pendant la prise en charge médicale de la victime directe — constitue un poste désormais régulièrement reconnu par les tribunaux, bien qu'il ne figure pas dans la nomenclature Dintilhac d'origine. Si vous êtes proche d'une victime gravement blessée, ce poste peut être réclamé en complément du préjudice d'affection.

Préjudices matériels indemnisables : tout ce qui a un coût financier direct

Au-delà du corporel et du moral, les préjudices matériels directement causés par l'infraction sont également indemnisables au procès pénal. Il peut s'agir de la destruction d'un véhicule lors d'une agression au volant, de dégradations dans votre logement après un cambriolage, ou encore d'objets personnels endommagés lors d'une altercation.

Les frais médicaux et de rééducation restés à votre charge après les remboursements de la sécurité sociale et de votre mutuelle constituent un autre poste important. Les pertes de revenus liées à un arrêt de travail ou à une perte d'emploi consécutive à l'infraction entrent aussi dans cette catégorie. Enfin, point souvent ignoré, vos frais d'avocat peuvent être mis à la charge du condamné sur le fondement de l'article 475-1 du CPP. Cette demande doit figurer explicitement dans vos conclusions : le juge ne l'accordera jamais de sa propre initiative.

Trois conditions incontournables pour faire reconnaître un préjudice indemnisable au procès pénal

Certitude, caractère direct et détermination du préjudice

Tout préjudice soumis au juge pénal doit satisfaire à trois conditions cumulatives. Il doit être certain, c'est-à-dire actuel et non purement hypothétique. Il doit être direct, l'infraction devant en être la cause démontrable. Et il doit être déterminé, c'est-à-dire clairement identifiable et chiffrable. Si l'une de ces conditions fait défaut, le juge écartera votre demande.

Chiffrer poste par poste : une nécessité absolue

C'est ici que l'obligation de chiffrer votre demande poste par poste prend tout son sens. Le juge ne peut accorder plus que ce qui est expressément réclamé. Une demande rédigée en ces termes : « je sollicite la réparation de mon préjudice » sera toujours moins efficace qu'une demande structurée détaillant chaque poste avec le montant correspondant. La nomenclature Dintilhac vous dit « quoi indemniser », le référentiel Mornet vous dit « combien », et la Gazette du Palais sert à capitaliser les préjudices viagers futurs. Ces trois outils sont utilisés conjointement par l'ensemble des praticiens.

Un délai de prescription de 10 ans pour le préjudice corporel

Le délai de prescription de l'action en réparation du dommage corporel est de 10 ans à compter de la date de consolidation de l'état de santé de la victime (article 2226 du Code civil). Ce délai est indépendant des délais de prescription de l'action pénale et du délai de saisine de la CIVI (3 ans à compter de l'infraction ou 1 an après la décision pénale définitive). Une victime peut donc agir en indemnisation bien après la clôture du dossier pénal, à condition que la consolidation soit intervenue dans les limites de ce délai.

Conseil : Ne confondez pas le renvoi sur intérêts civils avec un refus d'indemnisation. Lorsque le tribunal ne dispose pas de suffisamment d'éléments pour chiffrer le préjudice (notamment en matière de préjudice corporel grave nécessitant une expertise), il prononce la peine pénale à l'audience mais renvoie la liquidation des dommages-intérêts à une audience ultérieure distincte. Ce « renvoi sur intérêts civils » est une pratique courante qui vous permettra de présenter un dossier complet, expertise à l'appui, lors de l'audience dédiée à l'indemnisation.

L'avocat, un allié décisif pour maximiser votre indemnisation

L'expertise médicale : un moment charnière

L'intervention d'un avocat en amont de l'expertise médicale est essentielle. L'évaluation du DFP réalisée lors de cette expertise conditionne tous les calculs ultérieurs : une cotation trop basse acceptée sans contestation ne peut généralement plus être remise en cause après la clôture de l'expertise. Se faire accompagner d'un médecin-conseil indépendant — dont les honoraires sont eux-mêmes indemnisables — est donc primordial, et ce médecin doit impérativement intervenir avant l'expertise judiciaire (et non après) afin de préparer les points médicaux à discuter et de contester, le cas échéant, les cotations insuffisantes. Deux victimes présentant les mêmes séquelles peuvent recevoir des indemnisations très différentes selon la qualité de leur défense.

Réunir ses preuves et éviter les pièges

Rassemblez vos preuves dès maintenant : justificatifs médicaux, fiches de paie, attestations de proches, photos de séquelles ou de dégradations. Ces éléments conditionnent directement le montant que le juge vous accordera. Ne signez jamais une offre amiable sans vérification préalable : tout accord est définitif, et un poste omis lors d'une transaction est irrémédiablement perdu. Les premières offres des assureurs se situent systématiquement au bas des fourchettes et omettent en moyenne 3 à 4 postes de préjudice. Après contestation, l'indemnisation obtenue est en moyenne deux à trois fois supérieure.

Conseil : Lorsque l'état de santé de la victime n'est pas encore consolidé au jour du procès, l'avocat peut solliciter le versement d'une provision à valoir sur l'indemnisation définitive. Ce mécanisme permet de couvrir les premiers frais engagés (soins, aide à domicile, perte de revenus) sans attendre la clôture de la procédure, qui peut prendre plusieurs années dans les dossiers de préjudice corporel grave.

Condamné insolvable : des mécanismes de garantie existent

Si le condamné ne peut pas payer, la CIVI (Commission d'Indemnisation des Victimes d'Infractions, articles 706-3 et suivants du CPP) permet d'obtenir une indemnisation intégrale via le Fonds de Garantie des Victimes (FGTI), même lorsque l'auteur est inconnu. Cette indemnisation intégrale est toutefois réservée aux infractions graves limitativement énumérées par la loi : homicides, viols, agressions sexuelles, violences conjugales, enlèvements, séquestrations, actes de torture ou de barbarie. Vous disposez d'un délai de trois ans à compter de l'infraction ou d'un an après la dernière décision pénale pour saisir cette commission. Pour les infractions aux conséquences moins graves, le SARVI (articles 706-15-1 et suivants du CPP) intervient, mais ne garantit pas une indemnisation intégrale : il aide uniquement au recouvrement des sommes déjà allouées par le tribunal.

Maître Sandie Boudin, avocat à Saint-Maurice, accompagne les victimes d'infractions à chaque étape de leur dossier : constitution de partie civile, assistance lors de l'expertise médicale, chiffrage des demandes poste par poste et, le cas échéant, orientation vers la CIVI ou le SARVI. Que vous soyez confronté à une agression, à des violences ou à toute autre infraction ayant causé un préjudice corporel, moral ou matériel, le cabinet vous aide à faire valoir l'intégralité de vos droits dans le cadre du procès pénal. Si vous résidez à Saint-Maurice ou dans le Val-de-Marne, n'hésitez pas à prendre contact pour une consultation confidentielle avant toute expertise médicale ou avant d'accepter une offre amiable.